Toutes les idées

De l’ombre des tentes à la lumière de l’autonomisation : comment la coopérative Zarbiat Achbarou a défié l’impossible dans les montagnes d’Al Haouz

123d4742 5e63 49f9 b941 68eca7ad1b35 1
Blog
by
Abbes Azdoug
Trainee, Rising Roots Morocco Program (HAF-TBHF)
onMay 26, 2026

Au cœur des montagnes du Haut Atlas, où des sommets escarpés s’élèvent pour toucher le ciel, se trouve un petit village de quarante-neuf foyers, abritant cent soixante individus. Dans ce douar isolé, l’isolement géographique n’était que le premier d’une longue série d’obstacles. Des coutumes profondément enracinées limitaient historiquement les femmes strictement à la sphère domestique. Liées par des générations d’attentes sociales, les femmes restaient largement invisibles, tandis que les hommes, poussés par une anxiété protectrice, les empêchaient d’accéder au marché du travail local.

Pourtant, sous cette surface tranquille de simplicité rurale, une étincelle de résilience attendait le bon catalyseur pour s’allumer.

Tournant : comment la littératie s’est transformée en leadership

Notre histoire commence avec la présidente de la coopérative, Samira. Mariée à l’âge de quinze ans, son parcours a commencé avec une base de non-scolarité absolue. Elle s’est d’abord inscrite dans des cours locaux d’alphabétisation simplement pour décoder les lettres. Cependant, sa véritable transformation ne résidait pas seulement dans l’apprentissage de la lecture, mais aussi dans le bris des barrières invisibles de l’auto-limitation.

En 2019, la High Atlas Foundation est entrée dans le village en lançant son atelier transformateur Imagine Empowerment. Ce n’était pas une séance d’entraînement ordinaire ; Elle a agi comme un catalyseur profond et constructif pour l’état d’esprit collectif de la communauté. Avec le recul, le Président réfléchit avec fierté :

« Cet atelier était une bouée de sauvetage pour nous toutes, les femmes de ce village. Il y a eu de nombreuses fois, compte tenu de la difficulté extrême de naviguer sur le marché, où j’ai pensé à abandonner et à prendre du recul. Mais après cet atelier, je m’étais fait une promesse solennelle, et j’ai décidé d’aller de l’avant. »

Une révolution silencieuse : réécrire le récit local

Le chemin était loin d’être facile. Dans cette région, le tissage du traditionnel Zarbia — le tapis marocain — avait de lourdes enjeux socioculturels. Si une femme ne maîtrisait pas cet art complexe, elle risquait d’être jugée incompétente, subissant la moquerie sociale de sa famille élargie. Cependant, l’autonomisation vécue par ces femmes a fait bien plus que simplement compléter les revenus de leur foyer ; Elle a complètement réinventé les dynamiques sociales domestiques. Porté par une conscience continue et un respect mutuel, le village a connu un changement de paradigme majeur.

La timidité générationnelle s’est dissoute en une confiance radicale en soi. Aujourd’hui, les femmes interagissent avec assurance avec les visiteurs internationaux, discutant de la gouvernance locale, de la gestion communautaire et de la vie quotidienne. Encore plus remarquable est le changement parmi les hommes du village, qui partagent désormais activement les responsabilités domestiques, convaincus que la réussite d’une femme est un triomphe pour toute la communauté. Cette transition organique du scepticisme à l’alliance est devenue la pierre angulaire sur laquelle la coopérative d’Achbarou a été fondée.

Le tremblement de terre d’Al Haouz : Témoin de la résilience au milieu des ruines

Puis, un flash tragique de la nature a bouleversé le paysage lorsque le dévastateur séisme d’Al Haouz a frappé la région en 2023. Des maisons entières se sont effondrées, et l’histoire semblait se fracturer. Lors de ma visite de terrain à ce douar en tant que bénévole, je me suis tenu directement sur le sol où la tente humanitaire servait autrefois de sanctuaire temporaire. En regardant autour de moi, j’ai été témoin de mes propres yeux des profondes fractures et des graves cicatrices structurelles laissées par le tremblement de terre à l’intérieur des murs historiques de terre et de briques de boue du village. Voir ces murs ancestraux fissurés mais refuser obstinément de s’effondrer reflétait magnifiquement l’esprit inflexible de la communauté elle-même.

Pendant un an et demi, les femmes de la coopérative ont transformé une tente humanitaire temporaire en leur quartier général principal des opérations. Au milieu des conditions hivernales rudes, de la chaleur estivale et du traumatisme psychologique de la catastrophe, leurs doigts n’ont jamais cessé de tisser des tapis, de coudre des vêtements et de préparer le pain traditionnel marocain ainsi que des tagines pour les visiteurs. Travailler depuis cette tente n’était pas seulement un gagne-pain ; c’était un message défiant au monde qu’Achbarou ne serait pas brisé.

Cette démonstration extraordinaire de résilience a contraint la High Atlas Foundation et ses partenaires à intervenir, aboutissant à la construction d’une toute nouvelle installation permanente. Cette étape a permis à la coopérative de passer d’un mode de survie d’urgence à une institution locale structurée et durable.

Ruches humaines : une conception opérationnelle ingénieuse

Aujourd’hui, la coopérative fonctionne comme une communauté finement affinée six jours par semaine, réservant les dimanches exclusivement aux femmes pour faire progresser leur éducation grâce au programme d’alphabétisation.

Optimisant pour répondre à leurs contraintes spatiales actuelles, elles ont conçu un modèle de production brillant et décentralisé pour soutenir les vingt-neuf bénéficiaires : dix femmes dirigent l’atelier culinaire sur place, proposant des expériences culinaires marocaines interactives pour les invités tout en tissant simultanément des tapis traditionnels. Neuf jeunes femmes, qui avaient auparavant abandonné l’école, ont trouvé une seconde chance de vivre et de construire une carrière au sein du département couture et textile de la coopérative. Dix autres femmes traitent la laine brute directement depuis leur domicile, servant de chaîne d’approvisionnement essentielle en amont, garantissant que tout le monde est inclus malgré l’espace limité à l’intérieur du siège.

En matière de gouvernance, la transparence absolue est le principe directeur. Les excédents financiers sont distribués mensuellement aux membres pour garantir un revenu digne, tandis qu’un pourcentage fixe est systématiquement réinvesti dans le Fonds d’urgence coopératif pour garantir la stabilité à long terme et absorber les chocs économiques futurs. Interrogées sur la démocratie participative, leur réponse fut d’une beauté naturelle mais profonde : « Nous élisons librement la personne la plus compétente et la plus digne de confiance pour nous diriger, et nos portes restent grandes ouvertes à chaque femme de ce village qui souhaite transformer son destin. »

Conclusion : Une Masterclass des montagnes de l’Atlas

Le récit de la coopérative d’Achbarou est bien plus qu’une histoire de vente de tapis ou de fabrication de pain. Elle constitue la preuve vivante que l’investissement dans le capital humain — réinventer les mentalités et libérer l’autonomie à travers des ateliers dédiés — est la seule garantie infaillible pour que les communautés puissent émerger, plus fortes, des décombres.

Nous saluons les femmes d’Achbarou, qui ont tissé un avenir qui refuse de se briser, n’utilisant que des fils de laine et un espoir inébranlable.